Journal de campagne (semaine du 17 juin)

La semaine des contrastes

L’économie aura été au centre de cette semaine avec, à chaque fois, un décalage saisissant entre la situation telle que tous la perçoivent et les réponses apportées par les élus amiénois.

L’aéronautique se porte très bien. Une visite aux journées professionnelles du salon du Bourget permettait de voir comment la Picardie participait à ce succès. Le voir très concrètement à l’occasion des démonstrations de vol -très imposantes- des différents IMG_0994Airbus et notamment du A 380 dont nul picard n’ignore que le nez est fabriqué par Aérolia à Méaulte. Un détour par le stand de cette entreprise était pour le moins instructif: participation à la fabrication de plusieurs tronçons de nombreux modèles d’Airbus, accord nouveau avec Bombardier pour la fabrication destinée à d’autres constructeurs notamment nord-américains, déficit de recrutement sur des métiers d’ouvriers hautement qualifié, développement d’un aéropole attirant de nombreuses entreprises. Bref, toute une richesse qui se créée à quelques 30 kilomètres d’Amiens et dont on a le sentiment qu’elle désintéresse les élus amiénois.
Y a-t-il dans le Schéma de Cohérence Territoriale nouvellement adopté la moindre allusion à la nécessité de mieux relier Albert à Amiens? Y a-t-il la moindre réflexion sur la manière 136497133dont la plateforme aéroportuaire de Méaulte pourrait participer au développement économique du Pays? Avez-vous jamais entendu un élu amiénois se demander comment les jeunes d’Amiens pourraient profiter de ces filières d’emploi dont l’usine de fabrication de Méaulte a besoin? Rien. Sur ces trois points, le silence complet. Comme si le Pays du Coquelicot se trouvait à des milliers de kilomètres et que la richesse qui s’y créait ne pouvait en rien intéresser et être accompagnée par Amiens … Il sera urgent de reprendre le dialogue avec les élus du Grand Amiénois et de faire que le Pays ne soit pas un échelon administratif de plus mais bel et bien un outil de développement au service de l’ensemble des territoires.

C’est d’autant plus dommage que si l’aéronautique, basée à Albert, se porte bien, l’industrie des pneumatiques basée à Amiens se porte mal. On a déjà dit combien le positionnement de la municipalité, appuyant sans aucun recul la position jusqu’au-boutiste de la CGT, l’empêchait d’avoir la moindre action positive sur l’issue du dossier. La semaine écoulée laisse malheureusement entrevoir ce que chacun sait bien: la justice est 77998970bien incapable de résoudre les questions économiques.
Mais ce que la justice ne peut pas faire, les élus locaux pourraient aider à le construire en misant sur le développement de nouvelles filières innovantes. Or les élus locaux d’aujourd’hui, ignorant ce qui se passe à 30 kilomètres de leur territoire, sont tout aussi dépourvus pour envisager l’avenir chez eux. Ils n’ont rien entrepris et n’entreprendront rien d’ici la fin de leur mandat pour rapprocher le monde industriel et les chercheurs: l’énergie, la santé pour ne parler que de ces secteurs là, attendront donc encore avant de pouvoir espérer se développer. La conséquence dramatique de cela c’est que les 1300 personnes en voie de perdre leur emploi devront également attendre avant de pouvoir espérer retrouver une activité.

Pendant ce temps, le Maire sortant explique aux entreprises de Travaux publics, inquiètes à juste titre de leur baisse d’activité, qu’il est leur meilleur ami puisqu’il s’apprête à leur donner le chantier du tramway.
Il oublie, ce faisant, de dire que rien ne garantit que des entreprises locales seraient retenues pour ce chantier. Il oublie également de s’interroger sur la pratique avérée sur le chantier de l’hôpital de voir les entreprises titulaires des marchés, sous-traiter à des 74855115entreprises espagnoles ou autres plutôt qu’à des entreprises locales, une bonne partie des travaux à effectuer. Il oublie surtout de signaler que, quel que soit l’investissement retenu par la Collectivité, le principal bénéficiaire en sont les entreprises de travaux publics. En conséquence, les vrais challenges pour les années à venir sont de garantir la capacité d’investissement de la Collectivité alors que les dotations de l’Etat vont diminuer et de prévoir des investissements qui favorisent l’économie plutôt qu’ils ne la plombent.
En expliquant devant des chefs d’entreprises, soucieux de leur baisse d’activité et de l’augmentation de leurs charges, que le tramway était un bon investissement car il ne serait pas payé par les impôts des ménages mais par une augmentation de l’impôt payé par les entreprises, le Maire a vite ressenti combien son discours avait du mal à convaincre …

Le social n’a pas été absent

Alors que les élus amiénois parcouraient les quartiers avec le Ministre de la Ville, une rencontre avec les habitants montrait aisément que rien n’était réglé: les jeunes qui, de 145056978plus en plus tôt, prennent des postures de petits délinquants; des parents qui, quelquefois, sont dépassés et baissent les bras, et, au bout du compte, le sentiment pour ceux qui refusent de laisser faire, de ne pas être soutenus.
Responsabiliser les jeunes, mobiliser et faire travailler ensemble tous les intervenants, désigner des interlocuteurs que les habitants pourraient saisir de leurs difficultés … c’est bien la reconstitution du lien qui pourra apporter des solutions: être dans l’échange, prendre des engagements réciproques, responsabiliser plutôt qu’assister.

Benoît Mercuzot