La mobilité au coeur de la campagne

Amiens-ville-créative cherche une alternative au projet de tramway défendu par la municipalité.

Les solutions existent comme l’a démontré la table-ronde consacrée à la mobilité, mercredi. Faute de la présence annoncée de Didier Hernoux, directeur de Kéolis, P1140956bddélégataire des transports amiénois, officiellement empêché par sa hiérarchie, la table-ronde sur la mobilité, organisée Amiens-Ville-Créative, aurait pu tourner court. Ce n’était sans compter sur la présence des autres intervenants dont Olivier Deleu, consultant, membre du Think Thank Transport Déplacement et surtout du public dont les interventions furent d’une remarquable pertinence.

D’emblée, Benoît Mercuzot a enterré le projet de tramway si en mars 2014 il est élu maire : « un tramway que nous n’avons pas les moyens de nous payer ». 150 millions d’euros d’emprunts, … l’addition est bien trop onéreuse pour les finances de la métropole dans un contexte économique qui ne brille pas par son opulence. Coût d’investissement auquel il faut ajouter les frais de fonctionnement. A Reims, le tramway inauguré en 2012 génère 6 millions d’euros par an, en coût de fonctionnement.

Alors quelle alternative au projet de tramway qui apparait de plus en plus aux Amiénois comme une démarche dogmatique ? 3 km/jour c’est le trajet moyen réalisé par les automobilistes, distance qui entre dans les critères d’utilisation de la voiture électrique. Au 1er trimestre 2013, le parc automobile des véhicules électriques a progressé de 40 %. 147850129Pour Olivier Deleu, c’est sûr il va se produire quelque chose dans les mois à venir. Or ce sont tout d’abord la multiplication des bornes de recharge qui détermineront le succès du véhicule électrique. L’ADEME dispose de 50 millions pour développer les bornes. Amiens doit réclamer sa part. Et pourquoi pas envisager la gratuité pour les usagers pour les inciter à utiliser ce mode d’énergie (2 à 5 euros/plein).

L’Europe s’est donné comme objectif de réduire de 50% le parc automobile traditionnel d’ici 2030. Or Amiens possède grâce ses chercheurs de l’Université de réelles compétences pour développer l’autonomie des batteries. Cette stratégie de l’énergie peut être porteuse de croissance pour la métropole à condition qu’elle s’investisse pleinement pour attirer les industriels aujourd’hui concentrés en Asie. La filière industrielle reste à construire.

Pour autant, avant qu’elle ne produise ses effets, de nettes améliorations peuvent être apportées en s’inspirant des expériences réussies dans d’autres villes. Ainsi à Belfort, les usagers paient leur transport en fin de mois en fonction de leur consommation. Les jours de grève des transports peuvent être défalqués de la facture. A Nantes, avec un même 104185691titre de transport, les usagers choisissent leur moyen de transports (tramway, bus ou vélo). Amiens ne dispose pas de moyens d’information performant sur l’état de circulation des bus contrairement à de nombreuses villes qui utilisent les smartphones pour informer en temps réels les clients. Dans le public qui a assisté à la table ronde, la question de la gratuité des transports a été posée comme à Aubagne. Mais à quel prix !. Certes la fréquentation a progressé de 10% de 2005 à 2010 mais le versement des entreprise a triplé et les impôts ont augmenté. A Dunkerque, des tarifs sociaux sont appliqués pour permettre aux personnes aux revenus modestes d’emprunter les bus. A Amiens, les usagers contribuent à hauteur de 25 % au fonctionnement des transports en commun contre une moyenne nationale de 35 %. Difficile d’aller plus loin.

La question du covoiturage a été abordée. Ce système est prise en charge par les Conseils Généraux comme en Bretagne ou en Loire-Atlantique. Parkings de covoiturage, sites internet, substitution par les taxis… pour autant, à cause des mentalités, ce système ne progresse que très lentement.

Des pistes prometteuses existent pour trouver une alternative au tramway. D’autant que les spécialistes s’accordent à dire que le tramway n’a d’intérêt que dans le cadre d’une politique de reconfiguration de la ville. Or Amiens a radicalement changé de visage sous les trois mandats de Gilles de Robien. La page d’un maire bâtisseur, s’appuyant sur un tramway n’est décidément plus d’actualité.

« Ne pas faire le tramway c’est investir autrement » a conclu Benoît Mercuzot décidé mettre la mobilité au cœur de la campagne des municipales.