Goodyear: un voeu pieux au conseil d’Amiens Métropole

Le voeu sur Goodyear tel qu’il a été adopté par le Conseil municipal la semaine dernière a été proposé au Conseil d’Amiens Métropole, jeudi soir. Benoît Bercuzot apporte son commentaire.

Le drame que représente pour les salariés concernés et leur famille, la suppression annoncée de ces 1200 emplois interdisait de polémiquer. Cela n’aurait pas dû empêcher d’améliorer le voeu en indiquant clairement  trois choses:
Un,  le souhait que le groupe Goodyear renonce à son projet de fermeture et qu’une véritable négociation puisse s’instaurer au sein du groupe.
Mais pour ouvrir des négociations il faut être deux au minimum. Or le voeu finalement adopté, en rejetant exclusivement la responsabilité sur la direction de Goodyear fait semblant de ne pas entendre les analyses plus nuancées pourtant développées largement par la presse nationale, selon laquelle l’intransigeance d’un syndicat a contribué à nouer la situation d’aujourd’hui. Dans ces conditions, le voeu n’a que très peu de chances d’être entendu par la direction de Goodyear.
Deux,  le souhait qu’à défaut, l’Etat participe activement à la recherche d’un repreneur pouvant garantir la pérennité industrielle du site et qu’en toute hypothèse, il apporte son engagement à n’admettre aucun licenciement qui serait prononcé sans qu’une solution durable d’emploi ne soit proposée au salarié concerné.
Au lieu de cela, le voeu se contente « d’interpeller le Gouvernement » sans être plus explicite. Les rodomontades désormais habituelles du ministre du redressement productif risquent donc fort d’être une fois de plus un coup d’épée dans l’eau. Il y avait là, pourtant, l’occasion de le prendre au mot. Et les assurances données par le Président de l’agglomération selon lesquelles il saurait rappeler au ministre, le moment venu, ses déclarations sur le dossier Goodyear ne sont pas de nature à nous assurer de leur efficacité.
Trois, le souhait enfin, qu’une instance locale de concertation regroupant les personnes publiques (Etat, Région, Métropole) et les acteurs industriels soit mise en place de façon à anticiper les difficultés qui pourraient surgir à l’avenir et à déterminer les conditions de développement de l’emploi industriel sur Amiens et sa métropole.
On sait en effet que l’emploi industriel est fragile, notamment à Amiens. Il faut donc anticiper dans la mesure du possible sur les difficultés qui pourraient survenir. L’élu en charge du développement économique a indiqué que cette instance existait déjà … sauf que selon ses propres dires, e elle n’associe pas les patrons des groupes industriels concernés … Preuve que nos élus actuels ont le sens du concret …
Finalement, il aura été impossible de modifier la moindre virgule au voeu proposé. D’ailleurs, le représentant de l’opposition du Conseil municipal est intervenu pour dire que le voeu avait déjà été débattu et modifié la semaine dernière, et qu’il n’y avait pas lieu de le modifier à nouveau …
Un voeu qu’il était impossible de ne pas voter tant la situation sociale créée par la disparition annoncée de Goodyear est désespérante. Mais un voeu qui, au final, n’apporte rien de concret et montre que, malheureusement, les élus actuels n’envisagent même pas qu’ils puissent avoir la moindre capacité d’influence sur ce dossier pourtant essentiel de l’emploi industriel à Amiens.