Pour tirer une leçon (provisoire) de Goodyear.

Chaque camp y va de son commentaire économique ou politique sur Goodyear.

Les uns critiquent la position de la direction du Groupe qui se montre intraitable quant à la fin de l’activité sur le site.

Les autres critiquent le syndicat CGT pour ses positions jusqu’au-boutistes qui n’ont jamais permis aucune négociation.

????????????????????????????????????Les uns et les autres ont sans doute chacun un peu raison:

– lorsque Goodyear a commencé à s’intéresser à l’usine d’Amiens Nord et à sa rentabilité, ce site ne représentait sans doute pour les actionnaires américains qu’un petit point sur la carte de l’Europe et le devenir des ouvriers qui y travaillaient n’était vraiment pas dans leurs préoccupations.

– Il est évident que le refus de la CGT de négocier sur tous les points avancés par la direction (depuis les 4×8 jusqu’à la reprise par Titan de l’activité agraire) n’a pu qu’aggraver la crise économique réelle que subit le secteur des pneumatiques au point que l’activité ne dure que grâce à des victoires judiciaires, utiles quand elles sont rendues lais évidemment impuissantes à régler au fond le problème posé.

A ce stade de l’histoire, le seul enseignement qui peut être tiré concerne le rôle de la municipalité.

Par définition, elle ne maîtrise pas l’issue du conflit. Mais comme elle en subit directement les effets, elle peut au moins tenter d’y jouer un rôle. Lequel ? Elle peut tenter par tous moyens d’amener les protagonistes du conflit à dialoguer, toujours dialoguer. Cela suppose de savoir écouter et discuter avec chacun (se déplacer aux Etats-Unis par exemple pour rencontrer la direction mondiale du Groupe). Cela suppose aussi de ne pas prendre fait et cause pour l’un des deux camps (en évitant d’apposer une banderole sur l’Hôtel de Ville), sauf à renoncer précisément à tout dialogue …

Elle doit aussi, par nécessité beaucoup plus que par idéologie, avoir une politique à l’égard des entrepreneurs et investisseurs qui ont entre leurs mains la création des emplois. Une politique concrète qui facilite leur installation par exemple dans des locaux ou sur des terrains aménagés par la Collectivité.

Une politique symbolique aussi, qui par exemple mettrait les acteurs économiques au coeur du discours des voeux du Maire, prononcé au début d’une année que tout le monde pressent difficile sur le plan économique (savez-vous combien de fois les mots « entreprise » ou « acteur économique » ou « investisseur » ont été prononcés le 15 janvier 2013 par le Maire d’Amiens ? Je vous laisse deviner …).

Elle doit enfin, autant que faire se peut, anticiper sur les évolutions de l’économie:

– Aider au développement de l’emploi tertiaire quand il est notoirement moins développé qu’ailleurs (mais à quel rythme depuis 2008 le quartier d’affaires de Gare-La-Vallée a-t-il avancé ?),

– Tenter de développer de nouvelles filières d’emploi (où sont les éco-industries tant prometteuses en début de mandat ? qu’est devenue l’avance dont disposait Amiens en matière d’économie numérique ?) Aucun doute que la municipalité actuelle ne tirera aucune leçon de ces évènements.

Le maire s’est d’ores et déjà entêté à faire comme si la perte de recettes fiscales qui suivrait la fermeture du site ne devrait avoir aucune conséquence sur le choix des futurs investissements (Le Monde du 31 janvier). Et fidèle à ses habitudes, et devant son impuissance, le Maire en a appelé à l’Etat qui pourtant, à l’image de son ministre du redressement productif, ne sait plus comment honorer les espoirs qu’il avait fait naître le temps d’une campagne électorale.

La municipalité actuelle, c’est certain. Mais tous les autres peuvent au contraire y apprendre beaucoup … pour la suite.

Benoît Mercuzot