L’innovation doit être au coeur de la politique locale visant à favoriser la création d’emplois.

L’innovation ne vise pas seulement l’innovation technique et technologique. Celle-ci est nécessaire pour créer de nouvelles filières mais elle ne saurait constituer l’unique pilier du développement économique. L’innovation doit donc être aussi une méthode qui permet de regarder avec un regard neuf un secteur d’activité déjà existant.

Il en va ainsi de l’économie sociale, sanitaire et solidaire.

177223102A ce jour, celle-ci pèse lourd puisqu’elle représente 10 % du PIB national et 2,4 millions de salariés. Mais ces chiffres sont en trompe-l’oeil. Ils incluent en effet les chiffres des secteurs mutualistes (santé et banque) et sans eux, l’économie sociale et solidaire apparaît trop souvent comme une « sous-économie »: des activités à peine lucratives (c’est-à-dire à peine autonomes économiquement) situées à la marge du secteur marchand et capitalistique traditionnel servant au mieux de « sas » aux exclus du travail privé et public. Mais dans une période de crise économique, le « sas » se transforme trop souvent en nasse qui ne cesse de grossir faute de pouvoir s’ouvrir sur des emplois de l’économie « classique », de plus en plus en rares. Faut-il accepter cette sorte de fatalisme qui renvoie l’économie sociale et solidaire à la marge du système économique ? Faut-il laisser passer une chance d’offrir de nouveaux services dans des conditions qui les rendent accessibles au plus grand nombre ? Faut-il renoncer à créer des emplois qui font encore défaut aujourd’hui ? « Amiens, Ville créative » veut croire que non.

Ce fatalisme peut être écarté à condition de replacer l’économie sociale et solidaire dans la perspective des besoins nouveaux qui se font jour au fur et à mesure que notre système économique actuel montre ses limites. L’économie sociale et solidaire ne peut pas tout mais elle offre une opportunité. Ces besoins nouveaux qui concernent des activités tantôt nouvelles, tantôt anciennes sont nombreux.

Ils concernent les métiers de « l’éco-construction », les « services aux personnes », les énergies renouvelables, les circuits-courts alimentaires ou encore dans une politique de reconquête et d’embellissement des espaces publics, les métiers du paysage.

170882895Dans le cadre d’un Pacte Local pour l’Emploi, il revient à la collectivité d’aider ces activités à se structurer et à trouver leur équilibre économique. Pour cela, la Collectivité pourrait créer un fonds public/privé destiné à financer des projets qu’elle aurait sélectionnés après un appel à propositions sur des thématiques déterminées. La Collectivité pourrait elle-même trouver des aides auprès des services de l’Etat qui tendent à développer ce modèle économique. Et les porteurs de projets pourraient également bénéficier de formations leur permettant de diriger leur entreprise: car tout en étant sociales et solidaires ces entreprises ont besoin de trouver leur équilibre économique de façon autonome.

Des exemples nombreux prouvent que cette stratégie peut à terme être créatrice d’emploi:

– Pôle Sud Archer a relancé un atelier de production d’une gamme de chaussures éthiques à Romans en valorisant les matières premières et savoir-faire locaux et créant de nouveaux emplois dans une filière industrielle historique du territoire

– Eoliennes en Pays de Vilaine développe le premier parc éolien citoyen à Béganne en mobilisant l’épargne locale de plus 700 particuliers (soit 1,8 millions d’Euros).

– Culture et Coopération est un regroupement d’une vingtaine de structures des arts et de la culture qui coopèrent depuis 2005 pour animer la vie culturelle à Saint-Etienne: animation du principal équipement dédié aux musiques actuelles, reprise du cinéma Le France en SCIC…

L’économie sociale et solidaire peut ailleurs en France être un vrai levier de développement économique. Pourquoi pas à Amiens si les élus savent orienter les acteurs économiques, leur donner les outils nécessaires et aider à solidifier les structures d’ores et déjà existantes ?

Benoît Mercuzot